La pendule « au magot » préemptée par l’État (Hôtel Drouot, Maison Coutau-Bégarie)
Avec son décor inspiré des chinoiseries, son personnage articulé et les inscriptions qu'elle conserve, cette pendule d’Henri-Léonard Bertin illustre le goût chinois qui régnèrent, sous Louis XV et Louis XVI, à la cour de France.

Cette pendule témoigne d’un art décoratif qui, à la fin du XVIIe et au XVIIIe siècle fut à la fois mode frénétique et sésame diplomatique. Avant d’entrer dans le vif du sujet, prenons le temps de constater qu’aujourd’hui encore, l’objet ravit l’œil. Plus haute que large, puisque l’horloge mesure 62 cm de haut sur 27 de large, elle est surmontée par un Chinois réjoui qui nous tire la langue. Un système à manivelle lui permet d’agiter avec grâce son éventail rouge. Sous le personnage se cache une boussole en bois noirci décoré d’un soleil, d’une lune et d’étoiles. La pendule est faite de panneaux de laque, rehaussés d’or, avec en son centre un cadran en émail blanc.

Au revers de la pendule un détail remarquable apparaît avec le christogramme « IHS », emblème de la Compagnie de Jésus. Celui-ci est accompagné d'une croix et des trois clous de la Crucifixion. Dissimulé à l'arrière du mécanisme, ce symbole fait écho aux liens étroits qu'Henri-Léonard Bertin (1720-1792) entretenait avec les jésuites de Pékin. L’intérieur de la pendule révèle le destinataire par deux étiquettes annotées « Du Cabinet de Monsieur Bertin Ministre du Roi Spa 1791 » et « Du Cabinet de Monsieur Bertin Ministre Secrétaire d’Etat Commandeur des Ordres du Roi. »

Henri-Léonard Bertin, contrôleur général des Finances puis secrétaire d'État, fut également un sinologue de premier plan. Il gérait notamment la Compagnie française des Indes orientales qui sut devenir un maillon essentiel de l'importation des œuvres d'art, objets décoratifs, textiles chinois et japonais qu’il collectionna avec passion. Avec constance, il multiplia les rapports entre la France et la Chine, favorisant les liens diplomatiques entre les deux pays, depuis la fameuse et fastueuse réception donnée par Louis XIV à l'occasion de l'arrivée des ambassadeurs du roi de Siam le 1er septembre 1686.

Simultanément, les appartements privés des Grands de ce monde s’orientalisèrent. Louis XV choisit pour le château de Choisy des meubles en laque d'Extrême-Orient, des porcelaines et des papiers peints chinois. Marie Leszczyńska fit réaliser pour son « cabinet des Chinois » des panneaux contant la culture et le négoce du thé. Madame de Pompadour s’entoura d’objets d'Asie. Marie-Antoinette se passionna pour les petits objets en laque du Japon et pour les porcelaines de Chine. Quant aux artistes français, qui savaient devenir architectes d’intérieur à leur heure, ils s’emparèrent de ce goût de l’extrême-orient pour parer les demeures de leurs mécènes en quête d’exotisme. Parmi eux, Christophe Huet (1663-1739) qui sut égayer son temps de délicieux décors peints, pour beaucoup désormais disparus. Rare témoignages qui nous soient parvenus : le joyeux salon chinois de Champs-sur-Marne et les panneaux démontés mais sauvés du Château d'Ognon-en-Valois (aujourd’hui réunis au Musée de Birmingham). Ainsi, a-t-on, à nouveau, la preuve que l’objet inspire le décor et que le décor influence les esprits et jusqu’à ceux des diplomates !

Avec l’aimable autorisation de l’étude Coutau-Bégarie qui a passé aux enchère la Pendule Bertin coutaubegarie.com le 12 juin 2026.
© Coutau-Bégarie, Le Boudoir de Marie-Antoinette, Musée de Birmingham, Champs-sur-Marne, Patrick Cadet Centre des monuments nationaux, Meisterdrücke, DR
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