Le blog d'Olivier Berni interieurs

« Jean-Marie Périer : Les belles années » (Vente Christie’s, Paris)

Tout l’été, à Paris, Christie’s expose en libre accès des grands formats de Jean-Marie Périer. Né en 1940, Périer fut d’abord le photographe des yéyés dont il était le contemporain. En immortalisant leurs idoles (de Sheila à Johnny Hallyday en passant par Berger, Vartan ou Claude François), il cristallisa les années 60, son ambiance de bon enfant turbulent et son art de vivre insouciant. Sans le savoir, il se fit également le témoin et mémorialiste de l’architecture d’intérieur de son époque.

Françoise Hardy par Perier dans une « ball chair » du designer finlandais Eero Aarnio

C’est le cas quand, en novembre1966, il assoit Françoise Hardy dans une « ball chair » orange du designer finlandais Eero Aarnio. La prise de vue réalisée au Studio Mac Mahon retapissé pour l’occasion d’un papier aluminium froissé met en valeur le côté faussement sage et classique de la chanteuse qui se télescope avec bonheur à l’allure futuriste du décor. La photo devint la couverture du 52e numéro du célébrissime magazine « Salut les copains ». En donnant à contempler à la jeunesse d’alors le visage d’une de ses égéries, le photographe lui donnait aussi une leçon de style.

Profil noir Fernand Leger

Si le temps des yéyés passa, le talent de Jean-Marie Périer lui perdura bien au-delà des années 60. Il continua ainsi à prendre en photo avec maestria les icônes pop de la culture des années 70 aux années 2000, celles de la scène musicale, de l’art et de la mode. Étoile parmi les étoiles, parce qu’intemporel, Yves Saint Laurent se laissa volontiers coucher sur le papier glacé par un Périer inspiré par l’homme de mode, ses muses et son décor.

Saint Laurent et Carla Bruni dans un canapé

Si une photo datée de 1998, cadrée par deux paravents de damas vert, montre le couturier rencogné entre Moujik le bouledogue et le bras d’un canapé également damassé et sur lequel s’appuie une Carla Bruni volatile, c’est un autre canapé, un autre top model, une autre photo de Jean-Marie Périer qui, exposée chez Christie’s vous fascinera.

vase de Jean Dunand 1925

Pris en octobre 1995, dans l’appartement du 55 rue de Babylone que Saint Laurent entrouvrait si rarement, le cliché replace le couturier dans le coin gauche d’un canapé et contrebalance à nouveau l’image par un mannequin debout, ici Sibyl Buck, l'une des modèles favoris de Bettina Rheims. Faire abstraction de l’un et de l’autre, c’est se ménager une entrée privilégiée dans le salon baroque mais intime de Saint Laurent. Prenant appui sur son goût parfait des objets, sur le talent de l’architecte d’intérieur Jacques Grange, mais aussi, mais surtout prenant exemple sur ceux qui autrefois formèrent les plus extraordinaires cabinets de curiosités, il sut renouveler le genre.

Photo de Yves Saint Laurent chez lui par Jean Marie Perier.

Y voisinent en effet, avec audace mais harmonie, les siècles, des bronzes, du cristal de roche et des pans de bois, Le Profil noir peint en 1928 par Fernand Léger, ainsi qu’un somptueux vase en dinanderie de 1925 imaginé par Jean Dunand. Il est surmonté d’une blanche colombe qui semble se ficher éperdument du lion de Némée et du taureau crétois qui sur la table basse sont éternellement aux prises avec Hercule !

Exposition Christie's Paris. Jean Marie Perier. Août 2026

 

Jean‑Marie Périer : Les belles années | Christie’s Paris – 9, Avenue Matignon 75008 Paris, jusqu’au 28 août (fermé entre le 10 et le 19 août).

 

 

©Valentine del Moral, Christie’s, DR

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