Le blog d'Olivier Berni interieurs

Faire salon en plein air

Affairés, on peut traverser Paris au pas de course, en empruntant les majestueux jardins des Tuileries et du Luxembourg, celui plus confidentiel et tout en longueur du Palais-Royal ou encore le tout petit parc à l’entrée du site Richelieu de la Bibliothèque nationale. On peut aussi s’y promener, y flâner, sans destination plus précise que celle de notre bon vouloir. L’envie peut même nous prendre de nous y poser. Certes, il y a ici et là, comme autrefois, quelques bancs de pierre. Mais, ce sont les chaises colorées que l’on peut déplacer et orienter à son idée qui ont alors notre préférence. Leur conception est le produit de toute une histoire riche de formes et de couleurs.

Palais royal Paris chaise collection Luxembourg

Si leur silhouette de métal est aujourd’hui reconnaissable entre toutes, leur légende n’est, en effet, pas si simple qu’elle en a l’air. Essayer de s’en emparer, c’est suivre pas à pas l’entrée du jardin dans le décor quotidien des Parisiens. Au début du XVIIIe siècle, fleurissent dans les lieux de promenade de la capitale les premiers sièges mobiles. Ils sont payants. Ils sont variés.

Tableau Curran-Charles Courtney Curran au jardin du Luxembourg à Paris en 1889

Chaque concessionnaire en charge de leur entretien et de leur location en choisit le style rustique ou chantourné, classique ou à la mode du moment.

Chaises et fauteuils au luxembourg Photo

Et puis, le 1er janvier 1955, le Sénat impose au jardin du Luxembourg, un seul et même modèle qui bientôt fera école. C’est l’ancêtre de celui sur lequel nous nous asseyons aujourd’hui. Sortis en 1923 des Ateliers de la Ville de Paris, ces sièges en acier pèsent sacrément lourds – selon les Archives du Sénat, 7,3 kg pour la chaise, 9,6 kg pour le fauteuil et pas moins de 13,5 kg pour le relax.

Collection Luxembourg Edition Fermob Design Frédéric Sofia

Idéal pour ne pas s’envoler au premier coup de vent, parfait pour décourager les chapardeurs : c’est qu’il faudra attendre 1974 pour que le Sénat rende gratuites ces chaises intrinsèquement liées au panorama parisien.

Palais royal Paris fauteuil collection Luxembourg

En 2003, le designer français Frédéric Sofia réinterprète les « Chaises Sénat ». En 2004, l’entreprise « Fermob » les met en fabrication. C’est l’engouement auprès des amateurs de décoration. Les architectes d’intérieurs s’arrachent la collection « Luxembourg ». L’aluminium a remplacé l’acier, l’ergonomie, l’économie. « Il faut que tout change pour que rien ne change » lançait le prince Salina, héros du Guépard, film-culte tiré d’un livre également incontournable. Tandis que, dos à un parterre de roses odorantes du Palais-Royal, on s’assoit dans un relax pour le relire, on ne peut qu’être d’accord avec lui !

Edelfelt, Albert Le jardin du luxembourg (1887) WIKI

 

© Valentine del Moral, Sénat, Wikimedia, Sotheby’s

 

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