Vilhelm Hammershøi : Celui qui peignait l’architecture d’intérieur (Musée national Thyssen-Bornemisza, Madrid)
L’œuvre discrète et singulière du peintre danois Vilhelm Hammershøi (1864-1916) a connu une injuste éclipse. Ses tableaux d’intérieurs sont à nouveau proposés au grand public. Après Paris, où Hammershøi fut exposé au musée d’Orsay à la fin des années 90 ainsi qu’au musée Jacquemart-André en 2019, c’est à Madrid qu’une grande rétrospective lui est consacrée. Le musée Thyssen-Bornemisza propose en effet une exceptionnelle exposition de près de 100 tableaux.

Outre la séduction que sa palette exerce sur le spectateur, pourtant habitué aux intérieurs blancs, c’est son obsession quasi monomaniaque pour son appartement de Copenhague qui provoque une véritable réflexion sur ce qu’est, dans le fond, l’architecture d’intérieur.

Cet appartement, situé en plein quartier résidentiel de Christianhavn dans un immeuble de la rue de Strandgade, fait comprendre ce que c’est qu’être architecte d’intérieur. Ce n’est pas simplement savoir faire coïncider immobilier et mobilier, couleurs, matières et textures. C’est ne pas se contenter de travailler sur le visible mais aussi et surtout embrasser l’invisible.

En cela, les toiles faussement répétitives de Vilhelm Hammershøi sont précieuses. Il y a représenté son appartement plus de 60 fois. Une chaise en bois, peinte en blanc, est l’un des repères fixes de sa peinture. Son dossier en épi largement ajouré, simple sans être grossier, placé et déplacé au fil des peintures montrent combien l’angle de vue compte. De quoi confirmer que l’agencement d’un intérieur n’est pas fixe mais qu’il doit être envisagé du point de vue mouvant de son occupant.
Quant aux vibrations de la lumière, elles révèlent un autre secret décoratif : l’espace n’est jamais aussi vide qu’il n’y paraît de prime abord ! Les particules organiques dansent dans les appels d’air créés par les portes entr’ouvertes. Le va-et-vient de la femme du peintre soulignent combien le travail de l’architecte d’intérieur doit être souple, combien son métier, s’il est bien fait, permet d’enchanter les gestes habituels du quotidien !

© illustrations Valentine del Moral & The Royal Danish Library
